Une feuille de route IA qui tient sur une page vaut mieux qu'un plan de transformation de quarante. Trois chantiers, un pilote chacun, un objectif à quatre-vingt-dix jours, les ressources nommées. Et une date à laquelle on regarde.
Pourquoi une page
Parce qu'une feuille de route que personne ne peut réciter n'existe pas. Un plan de quarante pages est un document de justification : il sert à montrer qu'on a réfléchi. Une page est un document de décision : elle sert à savoir, lundi matin, qui fait quoi. Les deux ont leur usage. Un seul change quelque chose.
Trois chantiers, pas dix
La tentation, après un diagnostic, est de tout traiter. Dix chantiers, c'est aucun chantier : les mêmes personnes sont sur tous, rien n'avance, et six mois plus tard on refait un séminaire. Trois, c'est ce qu'une organisation peut tenir en plus de son travail normal. Le choix des trois est la décision la plus difficile du séminaire, et la plus utile. Renoncer aux sept autres, à voix haute, est ce qui rend les trois crédibles.
Un pilote, avec un nom
Pas un comité, pas un service, une personne. Qui a le temps, qui a l'envie, et qui a le mandat du comité de direction pour avancer sans redemander. Sur l'IA, le pilote n'est pas forcément le plus à l'aise avec la technique. C'est souvent celui qui connaît le mieux le métier concerné, parce que le chantier porte sur le travail, pas sur l'outil.
Quatre-vingt-dix jours
Assez long pour qu'il se passe quelque chose, assez court pour qu'on ne puisse pas oublier. Chaque chantier a un objectif mesurable à cette échéance : pas « déployer l'IA au service client », mais « d'ici quatre-vingt-dix jours, les réponses aux dix demandes les plus fréquentes sont préparées par l'outil et relues par un humain, et on sait combien de temps ça a fait gagner ». Le bilan à J+90 fait partie du dispositif, il est fixé avant de quitter la salle.
Une feuille de route vivante
Elle sera fausse. Un chantier ira plus vite que prévu, un autre révélera un problème qu'on n'avait pas vu, un troisième s'avérera moins utile. C'est normal, et c'est le principe du cycle Observer, Désirer, Concevoir, Transformer : on ajuste à mesure. Une feuille de route qui n'a pas bougé en quatre-vingt-dix jours n'a pas été utilisée.
La page, ligne par ligne
| Ce qu'on écrit | Ce qu'on n'écrit pas | |
|---|---|---|
| Le cap | Une phrase, celle du séminaire | Une vision, des valeurs, un slogan |
| Chantier 1, 2, 3 | Un titre qui dit le travail concerné | Un titre qui dit l'outil |
| Le pilote | Un nom, un mandat | Un comité, un service |
| L'objectif à 90 jours | Mesurable, observable, daté | « Déployer », « sensibiliser », « accompagner » |
| Les ressources | Le temps dégagé, les moyens, qui aide | « À définir » |
| Les lignes rouges | Ce qu'on ne met jamais dans un outil | Rien : elles sont toujours écrites |
| Le prochain regard | Une date, J+15 et J+90, et qui est là | « On fera un point » |
Vos questions
Ce qu'on nous demande sur ce sujet, et ce qu'on répond.
Que contient une feuille de route IA ?
Une page : le cap en une phrase, trois chantiers au maximum, un pilote nommé pour chacun, un objectif mesurable à quatre-vingt-dix jours, les ressources, les lignes rouges, et la date du prochain regard.
Pourquoi seulement trois chantiers ?
Parce que dix chantiers, c'est aucun : les mêmes personnes sont sur tous et rien n'avance. Trois est ce qu'une organisation peut tenir en plus de son travail. Renoncer aux autres à voix haute rend les trois crédibles.
Que se passe-t-il à quatre-vingt-dix jours ?
Un bilan, fixé avant de quitter le séminaire. On regarde ce qui a été atteint, ce qui a été appris, et on ajuste : un chantier peut s'arrêter, un autre s'ouvrir. La feuille de route est faite pour bouger.
